Le Tällistock, quand la montagne vire à l'escalade (et vice-versa!)

En montagne, quelle belle carte à jouer que celle de la polyvalence ! A l'heure où tous les domaines tendent à se compartimenter à l'infini avec l'émergence "d'hyper-spécialistes", la pratique de la montagne me convainc encore une fois que d'être plus ou moins à l'aise dans tous les terrains, avec une certaine vue d'ensemble et une expérience différenciée, apporte l'avantage d'une indéniable flexibilité.

Il serait bien réducteur de dissocier définitivement l'escalade de l'alpinisme. Pour moi, marcher, c'est déjà grimper, s'élever. Il est question de rythme, d'équilibre, de coordination. Et en grimpant, ne faut-il pas aussi un peu de flair, d'audace, d'engagement, de sang froid, ne serait-ce que dans l’exécution d'un seul mouvement ?

Pensez à la voie Inwyler-Bielmeier au Tällistock. Ouverte en 1960, les pitons entre les dents et gros moral au baudrier, cette voie reflète bien à mes yeux le mélange entre escalade et alpinisme. Que l'on viennent des salles d'escalade trop étriquées ou d'une pratique très classique de l'alpinisme, parcourir cette voie vous fera indéniablement rentrer dans un autre monde. Le grimpeur sportif sera attentif à l'évolution de la météo, tant une retraite dans la voie serait pénible. Certaines chutes ne font pas envie, certains pitons pourraient bien ne pas tenir: une petite composante courage est bel et bien là. Sans parler du retour, où un petit brouillard ou une petite bruine pourrait bien gâcher l'ambiance. L'alpiniste, lui, sera content de ne pas avoir à se lever à 4 heures du matin, un mignon petit téléphérique lui raccourcira la marche d'approche. Il aura fort à faire dans les longueur en 5c-6a, qui l'angoisseront de premier abord, mais qui l'obligeront à de précis placements de pieds pour ménager ses petits bras peu adeptes des suspensions. Le vide, omniprésent dès le premier relais, comblera alors ses ardeurs de grandes courses: perdu au milieu de cette face aux perspectives fuyantes, une nouvelle facette de sa pratique de la montagne s'offre maintenant à lui, celle de la verticalité pure et de l'esthétisme dans le geste.

Cette voie peut surprendre. Pour votre sécurité, pensez à vous y faire emmener par un guide de montagne !



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